COMANCHERIA (2016)
David McKenzie
Sur le canevas pourtant usé du film de braquage, voici un
film qui renouvelle le genre de manière attachante avec un scénario solide,
âpre et drôle par moments, sur fond de déliquescence sociale d’une Amérique
rurale, ici le Texas, livré aux banques et aux compagnies pétrolières.
La
parenté avec Lone Star (1996) de John Sayles, le méconnu Cœur de
Tonnerre (1992) de Michael Apted, ou les films des frères Coen
s’imposera aux amateurs de grands espaces désertiques et de
néo-polars westerniens crépusculaires où le spectateur est d’emblée du côté des
personnages, battants magnifiques et fragiles. On pourrait aussi citer Jeff
Nichols pour cette histoire de frangins braqueurs obligés de transgresser la
loi pour sauver la ferme familiale des griffes des banques.
David McKenzie,
signe ici un film touchant, maitrisé de bout en bout, et qui fait déjà figure de film culte et de
futur classique du genre. Rien ne manque : le policier, un Texas ranger au bord
de la retraite, bourru et fatigué (Jeff Bridges) qui n’arrête pas de
vanner son adjoint d’indien. Les scènes d’action d'une violence sèche à la
manière d’un Sam Peckinpah, les scènes intimistes à l’émotion sous-jacente et
pleine de non-dits. Le casting est parfait et le film alterne un rythme parfois lent et lancinant avec de brusques montées d'adrénaline.
Comancheria évoque aussi en creux la dépossession, l'esprit hors la
loi, les zones morales grises, les liens familiaux et l'esprit de sacrifice
pour la famille, la métamorphose de l'Ouest et porte un regard nostalgique sur
la disparition de certaines valeurs et d’une certaine Amérique.
C’est assurément le grand polar de cette rentrée cinéma et la confirmation aussi que David
McKenzie, d’origine écossaise, est un cinéaste à suivre.



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