vendredi 23 septembre 2016

Les Poings contre les murs


Les Poings contre les murs (2014)
(Starred Up)
David MacKenzie

Résumé : Eric est un jeune délinquant violent prématurément jeté dans le monde sinistre d’une prison pour adultes. Alors qu’il lutte pour s’affirmer face aux surveillants et aux autres détenus, il doit également se mesurer à son propre père, Nev, un homme qui a passé la majeure partie de sa vie derrière les barreaux. Eric, avec d’autres prisonniers, apprend à vaincre sa rage et découvre de nouvelles règles de survie, mais certaines forces sont à l’œuvre et menacent de le détruire…

Encore une fois, le cinéaste écossais montre qu’il sait jouer avec les codes d’un genre-le film de prison- en réussissant l’épreuve de passage avec une réel brio. Sur un sujet déjà-vu, David Mackenzie nous livre un film choc, dur par moments, où presque rien de ce qui se passe en prison nous est épargné. On le sait, le film de prison a ses règles tout comme le monde carcéral a ses lois. Le caïd qui règne en maître, fait ses petites affaires etc.. Rapports de force, domination, homosexualité, règlements de compte. Les matons, comme il se doit, sont des pourris, les chefs principalement prêts à déguiser un assassinat en suicide par pendaison sans la moindre hésitation. Le réalisateur connaît ses classiques mais l’intelligence du scénario est qu’on ne sent aucune pesanteur, aucune obligation de la scène à faire. Le film avance fluide et tendu, en suivant avec une certaine distance, la trajectoire du héros qui n’est pas spécialement sympathique mais qui a ses raisons.
On ne sait jamais vraiment ce qu’il va se passer. Certaines scènes d’ailleurs, au début du film, surprennent et sont du jamais vu. L’intrusion du jeune Eric, « surclassé », au comportement ultra-violent et surtout imprévisible, dérègle la belle machine carcérale, ainsi que tout scénario convenu,  jusqu’à épuiser les meilleures volontés, quelles soient celles de la Direction ou du jeune éducateur bénévole.
L’attrait principal du film est cet affrontement oedipien, cette relation complexe amour-haine entre un père et un fils au sein d’une prison, un angle original rarement montré, où comment deux êtres doivent retisser un lien sans savoir comment s’y prendre. Un angle casse-gueule sur le papier mais dont le réalisateur et son scénariste se sortent fort bien en rendant complètement crédible cette relation tordue et tortueuse, où les insultes et les coups servent de dialogue entre les deux personnages.
Le film tire sa puissance du cadre réaliste, il a été tourné dans une prison de Belfast, et de son interprétation, en particulier du héros principal, incarné par l’acteur Jack O’Donnell, dont le charisme survolté, la rage intérieure vous scotche dés les premières images. Après une séquence finale intense, éprouvante et époustouflante, le film se termine sur une scène poignante qui apporte une note d’espoir dans cet univers impitoyable.
David MacKenzie réussit là, encore une fois, un film captivant du début à la fin.


mardi 20 septembre 2016

COMANCHERIA


COMANCHERIA (2016)
David McKenzie

Sur le canevas pourtant usé du film de braquage, voici un film qui renouvelle le genre de manière attachante avec un scénario solide, âpre et drôle par moments, sur fond de déliquescence sociale d’une Amérique rurale, ici le Texas, livré aux banques et aux compagnies pétrolières. 
La parenté avec Lone Star (1996) de John Sayles, le méconnu Cœur de Tonnerre  (1992) de Michael Apted, ou les films des frères Coen s’imposera aux amateurs de grands espaces désertiques et de néo-polars westerniens crépusculaires où le spectateur est d’emblée du côté des personnages, battants magnifiques et fragiles. On pourrait aussi citer Jeff Nichols pour cette histoire de frangins braqueurs obligés de transgresser la loi pour sauver la ferme familiale des griffes des banques. 
David McKenzie, signe ici un film touchant, maitrisé de bout en bout, et qui fait déjà figure de film culte et de futur classique du genre. Rien ne manque : le policier, un Texas ranger au bord de la retraite, bourru et fatigué (Jeff Bridges) qui n’arrête pas de vanner son adjoint d’indien. Les scènes d’action d'une violence sèche à la manière d’un Sam Peckinpah, les scènes intimistes à l’émotion sous-jacente et pleine de non-dits.  Le casting est parfait et le film alterne un rythme parfois lent et lancinant avec de brusques montées d'adrénaline. 
Comancheria évoque aussi en creux la dépossession, l'esprit hors la loi, les zones morales grises, les liens familiaux et l'esprit de sacrifice pour la famille, la métamorphose de l'Ouest et porte un regard nostalgique sur la disparition de certaines valeurs et d’une certaine Amérique.
C’est assurément le grand polar de cette rentrée cinéma et la confirmation aussi que David McKenzie, d’origine écossaise, est un cinéaste à suivre.