vendredi 7 octobre 2016

La Porte du Paradis

La Porte du Paradis (Heaven's Gate) (1980)
Michael Cimino

Chef d’œuvre ou pas, un très grand film quand même. Malgré les longueurs, la confusion, des scènes décousues, les scènes interminables avec Isabelle Huppert. Cimino mélange tout-fresque historique, western, histoire d’amour- mais le film a un souffle, une densité dans ses meilleurs moments, que peuvent lui envier nombre de films hollywoodiens de ces années là. La Porte du Paradis reste une marche funèbre, somptueuse au casting éblouissant. Kristofferson est grandiose, tous les grands sont présents (Christopher Walken, Mickey Rourke) et j’avais même oublié qu’il y avait Jeff Bridges. Les paysages sont magnifiques et Cimino, avec son habituel sens de la nature, filme les montagnes et les nuages comme personne depuis Anthony Mann.Cette révision dans sa version director’cut, après l’avoir vu à sa sortie au cinéma, ne m’a pas déçu, bien au contraire. Le film supporte haut la main l’épreuve du temps.





vendredi 23 septembre 2016

Les Poings contre les murs


Les Poings contre les murs (2014)
(Starred Up)
David MacKenzie

Résumé : Eric est un jeune délinquant violent prématurément jeté dans le monde sinistre d’une prison pour adultes. Alors qu’il lutte pour s’affirmer face aux surveillants et aux autres détenus, il doit également se mesurer à son propre père, Nev, un homme qui a passé la majeure partie de sa vie derrière les barreaux. Eric, avec d’autres prisonniers, apprend à vaincre sa rage et découvre de nouvelles règles de survie, mais certaines forces sont à l’œuvre et menacent de le détruire…

Encore une fois, le cinéaste écossais montre qu’il sait jouer avec les codes d’un genre-le film de prison- en réussissant l’épreuve de passage avec une réel brio. Sur un sujet déjà-vu, David Mackenzie nous livre un film choc, dur par moments, où presque rien de ce qui se passe en prison nous est épargné. On le sait, le film de prison a ses règles tout comme le monde carcéral a ses lois. Le caïd qui règne en maître, fait ses petites affaires etc.. Rapports de force, domination, homosexualité, règlements de compte. Les matons, comme il se doit, sont des pourris, les chefs principalement prêts à déguiser un assassinat en suicide par pendaison sans la moindre hésitation. Le réalisateur connaît ses classiques mais l’intelligence du scénario est qu’on ne sent aucune pesanteur, aucune obligation de la scène à faire. Le film avance fluide et tendu, en suivant avec une certaine distance, la trajectoire du héros qui n’est pas spécialement sympathique mais qui a ses raisons.
On ne sait jamais vraiment ce qu’il va se passer. Certaines scènes d’ailleurs, au début du film, surprennent et sont du jamais vu. L’intrusion du jeune Eric, « surclassé », au comportement ultra-violent et surtout imprévisible, dérègle la belle machine carcérale, ainsi que tout scénario convenu,  jusqu’à épuiser les meilleures volontés, quelles soient celles de la Direction ou du jeune éducateur bénévole.
L’attrait principal du film est cet affrontement oedipien, cette relation complexe amour-haine entre un père et un fils au sein d’une prison, un angle original rarement montré, où comment deux êtres doivent retisser un lien sans savoir comment s’y prendre. Un angle casse-gueule sur le papier mais dont le réalisateur et son scénariste se sortent fort bien en rendant complètement crédible cette relation tordue et tortueuse, où les insultes et les coups servent de dialogue entre les deux personnages.
Le film tire sa puissance du cadre réaliste, il a été tourné dans une prison de Belfast, et de son interprétation, en particulier du héros principal, incarné par l’acteur Jack O’Donnell, dont le charisme survolté, la rage intérieure vous scotche dés les premières images. Après une séquence finale intense, éprouvante et époustouflante, le film se termine sur une scène poignante qui apporte une note d’espoir dans cet univers impitoyable.
David MacKenzie réussit là, encore une fois, un film captivant du début à la fin.


mardi 20 septembre 2016

COMANCHERIA


COMANCHERIA (2016)
David McKenzie

Sur le canevas pourtant usé du film de braquage, voici un film qui renouvelle le genre de manière attachante avec un scénario solide, âpre et drôle par moments, sur fond de déliquescence sociale d’une Amérique rurale, ici le Texas, livré aux banques et aux compagnies pétrolières. 
La parenté avec Lone Star (1996) de John Sayles, le méconnu Cœur de Tonnerre  (1992) de Michael Apted, ou les films des frères Coen s’imposera aux amateurs de grands espaces désertiques et de néo-polars westerniens crépusculaires où le spectateur est d’emblée du côté des personnages, battants magnifiques et fragiles. On pourrait aussi citer Jeff Nichols pour cette histoire de frangins braqueurs obligés de transgresser la loi pour sauver la ferme familiale des griffes des banques. 
David McKenzie, signe ici un film touchant, maitrisé de bout en bout, et qui fait déjà figure de film culte et de futur classique du genre. Rien ne manque : le policier, un Texas ranger au bord de la retraite, bourru et fatigué (Jeff Bridges) qui n’arrête pas de vanner son adjoint d’indien. Les scènes d’action d'une violence sèche à la manière d’un Sam Peckinpah, les scènes intimistes à l’émotion sous-jacente et pleine de non-dits.  Le casting est parfait et le film alterne un rythme parfois lent et lancinant avec de brusques montées d'adrénaline. 
Comancheria évoque aussi en creux la dépossession, l'esprit hors la loi, les zones morales grises, les liens familiaux et l'esprit de sacrifice pour la famille, la métamorphose de l'Ouest et porte un regard nostalgique sur la disparition de certaines valeurs et d’une certaine Amérique.
C’est assurément le grand polar de cette rentrée cinéma et la confirmation aussi que David McKenzie, d’origine écossaise, est un cinéaste à suivre.







lundi 29 août 2016

Le Gouffre aux Chimères



Le Gouffre aux chimères (Ace in the Hole), 1951
Billy Wilder
Premier échec de la carrière de Billy Wilder à sa sortie en 1951, Le Gouffre aux chimères peut être considéré aujourd’hui comme l'une des plus grandes réussites de son auteur.
Film acerbe, implacable, visionnaire sur le journalisme « à sensations », le film n’a rien perdu de sa puissance et de sa virulence. Le miroir qu’il tend au public moyen qui se repaît du malheur d’autrui est d’un réalisme sans fards. Le fait-divers, le drame humain exploité à des fins mercantiles, transformé an cirque médiatique, nous le voyons tous les jours sur nos écrans de télévision et dans la presse à scandale. Rien n'a changé. Le résumé est simple : pour redevenir le journaliste vedette qu'il n'est plus, Charles Tatum, journaliste sans scrupules, s'empare d'un fait divers banal et le transforme en tragédie nationale. Au Nouveau-Mexique, dans un ancien territoire indien, Leo Minosa, chasseur de trésors indiens, est coincé au fond d'une galerie effondrée. S'arrangeant pour etre le seul journaliste sur le coup, Tatum va persuader le sherif de choisir la formule de sauvetage la plus lente. Tatum va devenir l'amant de la femme de la victime et poussera l'hypocrisie jusqu'a devenir l'ami de Leo.
La démonstration est magistrale même si la fin, un peu convenue, retrouve le camp de la morale : l’intérêt du spectateur est toujours soutenu, le punch et l’efficacité de la mise en scène ne faiblissent pas et Kirk Douglas trouve là un des meilleurs rôles de sa longue carrière. Il est toutefois inconcevable que ce chef-d’oeuvre ne soit pas disponible dans une édition dvd française et seulement en édition anglaise ou espagnole. Pour ma part, je l’ai revu à la télévision sur Paramount Channel. Messieurs les éditeurs, au travail.


samedi 13 août 2016

La Fille de Ryan, David Lean






La Fille de Ryan (1970)
David Lean

Après la découverte du coffret de cinq films de David Lean paru chez Carlotta « les premiers chefs-d’œuvre », j’avais très envie de poursuivre l’exploration de la carrière du cinéaste anglais. Je n’avais pourtant guère apprécié le Docteur Jivago et ne suis jamais allé au bout de Lawrence d’Arabie, à qui je dois une seconde chance. Après avoir revu Le Pont de la rivière Kwai, pas bouleversant mais solide, il me fallait aborder La Fille de Ryan, ressorti au cinéma, et qui me tentait comme une promesse de beauté.
Sa vision m’a totalement subjugué et confirmé pour moi l’immense talent d’un metteur en scène sous estimé (j’avais oublié le remarquable Le Mur du Son ), visuellement inspiré et au sommet de son art. Les images de la cote irlandaise, ses falaises, sa mer agitée, ses vastes campagnes sont d’une beauté inoubliable et les scènes époustouflantes sur la plage confinent presque à l’abstraction dans le sens où les personnages sont très souvent filmés au cœur d’une nature gigantesque qui les avale presque et les rend minuscules. Ces scène de plage entre Sarah Miles dans sa robe jaune, et l’officier (Christopher Jones) sont d’une beauté confinant à l’onirisme et vous marquent à jamais. On se croirait dans un tableau de Turner. D’autres scènes d’anthologie marquent ce film somptueux qui parvient à la fusion des passions et des éléments, du romantisme et de l’épique dans une symbiose parfaite. Visuellement sublime, La Fille De Ryan est un chef d’œuvre absolu et David Lean un extraordinaire metteur en scène.





samedi 6 août 2016

La Dame sans Camélias (1953)


 

La Dame sans Camélias (1953)
Michelangelo Antonioni

Le sujet a été tourné cent fois mais ici Cinecitta remplace Hollywood. Une jeune starlette  Clara Manni (Lucia Bose, sublime) qui connaît le succès dans des films légers et commerciaux, épouse un producteur Gianni qu’elle n’aime pas mais qui se ruine pour elle en lui faisant jouer le rôle de Jeanne d'Arc. Elle le quitte pour un  séduisant diplomate et se met à travailler pour devenir une actrice sérieuse. Mais son amant l’abandonne, elle n’est pour lui qu’une passade.
Gianni qui entreprend alors un nouveau film ambitieux refuse d'engager Clara, celle-ci se retrouve à son point de départ : elle accepte de jouer un rôle déshabillé dans une production idiote.
La mise en scène d’Antonioni, qui demeure encore parfois conventionnelle, commence toutefois à se libérer, à s’épanouir dans de beaux plans-séquences et des cadrages travaillés où l’héroïne est parfois prise au piège derrière des grilles imaginaires, telles des fenêtres, des barreaux. des marches d’escalier. Parfois, l’actrice est cadrée au premier plan, tournée vers la caméra, anticipant les futurs plans fascinants de Monica Vitti dans les films ultérieurs.
La dernière séquence à Cinecitta où Clara erre de studio en studio, anéantie par le refus de Gianni de la faire jouer dans son dernier film est bouleversante.
Note : *** Bon



jeudi 4 août 2016

La Cité des Dangers (1975)


La Cité des Dangers (Hustle), 1975
 Robert Aldrich
Lui, est un flic désabusé (Burt Reynolds), elle est pute et rêve d’aller à Rome (Catherine Deneuve). Autour de ce couple improbable, Aldrich tisse un polar urbain mélancolique, crépusculaire qui mérite mieux que sa réputation même si le film n’est pas parfait. Le rythme est lent, bavard, la romance trop présente au dépends d’une enquête policière dont tout le monde se contrefout, les flics les premiers. Sauf le père de la victime mais qui ne compte pas, puisque c’est un « nobody ». En toile de fond, Aldrich nous montre un monde pourri où règnent la corruption et le crime, la violence urbaine, la dépravation des élites (les avocats) la perte des valeurs morales, les traumatismes de la guerre. En première ligne, deux personnages à contre-courant qui essaient de croire que l’amour est plus fort que tout. Entouré de son chef op. habituel Joseph Biroc, et de ses acteurs fétiches (Eddie Albert, Ernst Borgnine), Aldrich signe un polar très noir qui mérite d'être vu et revu à la hausse. Note : *** Bon